lundi, avril 01, 2013

Entretien avec Tim Equysse, le candidat qui part battu d’avance


J’ai eu l’opportunité de rencontrer Timothée Equysse lors de la conférence CASPI 2013 à Marseille. CASPI (Conférence sur l’Application de la Systémique aux Problèmes Insolubles)  est une conférence peu connue et quelque peu ésotérique sur les systèmes complexes qui rassemble avant tout des chercheurs français mais également quelques européens. L’intérêt de cette conférence, qui ressemble plus à un workshop, est d’attirer des participants de tous les horizons, y compris des acteurs du monde politique.


Tim Equysse est un conseiller général d’Ile-de-France qui est un avide lecteur de Nassim Taleb (Antifragile), de Acemoblu & Robison (Why Nations Fail) ou encore de Brynnjolfsson & Mc Afee (The Race Against the Machines). Ces trois livres ont certainement nourri ma réflexion politique ces derniers mois et nous avons rapidement sympathisé. Il a fait sienne la remarque de Nassim Taleb : « the central problem we face with top-down tampering with political systems … » et prône une action « émergente » sur les causes profondes plutôt que « volontaire »  et « top down » … sur les symptômes. J’ai apprécié son approche qui relève du « jardinage », mais je lui ai fait remarquer que ses propositions avaient peu de chance de plaire aux électeurs. Sa réponse est qu’il cherche à éduquer, face à des choix difficiles, plutôt que de convaincre. Tim s’inscrit dans la ligne de François Bayrou, mais plutôt que de rassembler « à droite et à gauche », ses dix propositions sont de nature à faire fuir les électeurs de droite comme de gauche.

Voici un petit résumé de son programme, avec mes propres termes systémiques sur le discours de Timothée, qui est plus politique et plus structuré que ce que j’en rapporte (Tim est diplômé du Master de Systèmique Complexe Appliquée aux Territoires de l’université de Toulouse avant de faire l’ENA – Promotion Hobbes).
  1. Dans une approche lean qui favorise le lead time et les petits lots, Tim propose de fluidifier le marché du travail, d’une part en facilitant grandement l’embauche et le licenciement et, d’autre part, en changeant la granularité pour faciliter les tâches de courtes durées et à charge partielle (quart de temps, mi-temps, etc.). Le marché du travail doit permettre de favoriser « le mode projet » dans lequel beaucoup d’individus gravitent autour des entreprises avec un ou plusieurs contrats, avec un modèle hybride d’auto-entreprenariat et de portage salarial.
  2. Un des principes systémiques est l’adaptation à l’environnement, c’est pourquoi Tim Equysse propose de réduire les salaires en les compensant par une réduction du coût de la vie pour les besoins élémentaires. « Le Monde est plus grand que la France, c’est à nous de s’adapter et pas l’inverse ». Son idée est de réduire progressivement le SMIC au fur et à mesure que les actions de l’état pour réduire le coût de ces fonctions primaires (logement, alimentation,  transport et chauffage, santé, éducation) sont effectives.
  3. Tim est un adepte de l’homéostasie, c’est pourquoi il cherche à progresser par petits déplacements, en constatant les effets avant de poursuivre, ou non, la modification. Par exemple, il souhaite supprimer la fiscalité qui pèse sur le travail (pour remettre la France dans un contexte compétitif au plan mondial). Son approche consiste à supprimer de façon progressive les taxes/impôts/prélèvements qui sont attachés aux salaires, tant que le taux de chômage est trop important et que les balances de la France sont déséquilibrées. Il ne sait pas jusqu’où il faut aller et ne prétend pas le savoir.
  4. Sa vision systémique le conduit à s’intéresser aux flux de valeur ajoutée et à prôner une taxation finale qui ne décourage pas plus la création de valeur sur le sol français que celle qui a lieu à l’étranger. Cela conduit à une « TVA sociale » qui rappelle certaines propositions faites par les deux camps, mais qui va plus loin. Non seulement cette taxation inclut une taxe carbone payée par les consommateurs pour favoriser l’économie locale, mais elle renforce la segmentation entre usages de nécessité et usages de confort, en reprenant le concept de panier énergétique du gouvernement socialiste actuel.
  5. Tim est l’inventeur du concept de « bouclier fiscal dynamique » dont le principe est de limiter les prélèvements et impôts à un pourcentage qui est égal à l’âge du contribuable (plafonné à 65 ans). Cette asymétrie a pour but de favoriser la création de valeur chez les plus jeunes et d’encourager la solidarité des plus âgés, qui sont par construction plus responsables de l’état pitoyable de notre dette nationale. Lorsque je lui ai fait remarquer qu’il combinait l’impopularité du concept de « bouclier fiscal » avec la provocation d’un discours qui remet la génération « sénior » face à ses responsabilités, il m’a fait remarquer « qu’au moins, il serait populaire auprès des footballers ».  
  6. Le mémoire de Master de Tim portait sur la cybernétique et les mécanismes de contrôle asservis, il en a conservé un goût pour la régulation auto-adaptative. Sa proposition est d’imposer un (faible) taux de réduction des dépenses de l’état en fonction de la taille de la dette, au-delà de ce qui est raisonnable. A 80% du PNB, une réduction de 2% par an est demandée, à 100% on passe à 4%. Cela rappelle le « fiscal cliff » américain, mais c’est un mécanisme continu et plus doux, mais qui joue sur les effets de composition. En exigeant des efforts continus de réduction de quelques pourcents, on évite les « coups de hache » du modèle américain. L’état est libre de jouer sur les recettes pour s’adapter à la conjoncture, mais un mécanisme constitutionnel encadre ses dépenses.
  7. Timothée Equysse est persuadé que le coût de l’énergie est une variable systémique clé pour permettre à l’écosystème industriel français de regagner en compétitivité. Ses positions en faveur de l’énergie nucléaire et de la prospection des gaz de roche-mère n’ont pas été appréciées pendant la conférence. Tim n’est pas un « conservateur énergétique », il prône une réduction de la consommation et l’adaptation progressive à la raréfaction programmée (à long terme) des énergies fossiles, mais il souhaite que cette adaptation soit financée par des modèles vertueux au-dessus d’une énergie produite à un coût compétitif par rapport à la scène internationale.
  8. Pour ce qui est des retraites, Tim a été très impressionné par Philippe Aghion et le modèle Suedois. Il est possible de construire un modèle équilibré qui s’appuie sur la flexibilité. Tim avait proposé une équation qui résout le problème, mais je n’ai pas eu la place de la noter dans la marge de mon cahier. On retrouvait un principe de retraite à points, avec un minimum garanti et une valeur dynamique du point qui reflète la santé de l’économie.  Tim a commencé par rappeler que les retraites devaient baisser, mais que la combinaison d’une activité rémunérée et d’une retraite fonctionnait très bien dans de nombreux pays.
  9. Il s’inspire également du modèle Suédois pour proposer un plan de compétitivité numérique qui est beaucoup moins timoré que ce qu’on proposé les différents gouvernements ces dix dernières années. Il veut garantir à tous les citoyens une infrastructure numérique en termes de réseaux, données et moyens de calcul. La Suède a subventionné l’achat des PC par les citoyens pour augmenter la pénétration de l’économie numérique. La Corée soutient son industrie et ses opérateurs avec des réglementations et des conditions qui favorisent l’investissement et le développement. Tim souhaite que l’état investisse dans des infrastructures pour que chacun, citoyen ou entrepreneur, ait accès à la fabrique numérique (y compris l’accès aux données publiques) qui nous permette d’être dans le peloton de tête dans la course à l’innovation numérique.
  10. Ce qui m’a le plus intéressé dans l’exposé de Tim lors de la session de CASPI (il intervenait dans la session du 22 Février intitulée « Le déclin est-il une spirale inéluctable ? ») est précisément son analyse sur les causes profondes de notre déclin. Il est parti d’une chaine causale fort simple :  valeurs (a sens de la  culture) > éducation > connaissance > entreprenariat > valeur (au sens financier). Il en a déduit des « mesures de jardinage » pour travailler sur nos causes profondes, pour remettre l’éducation classique et le savoir à l’honneur. Il a beaucoup insisté sur ce point « Un pays dans lequel les parents d’élève insultent, voire frappent, les enseignants est gravement malade, et très mal disposé à jouer un rôle proéminent dans 50 ans ». Certaines de ses propositions sont iconoclastes, comme celle de faire de l’anglais la seconde langue officielle de la France. Il nous a démontré que les pays de l’Europe du Nord qui ont plus ou moins suivi cette voie en ont tiré un véritable avantage. Tim propose également une intensification des dépenses de l’état en recherche fondamentale. Sa position est que le rôle de l’état n’est pas l’innovation mais le développement du savoir et des connaissances.


Après la session, nous avons discuté autour d’un café et je lui ai demandé si son insistance sur la taxe carbone était liée à la menace du réchauffement climatique. Sa réponse m’a surprit, pour lui le réchauffement climatique est un défi important du 21e siècle, mais ce n’est que le deuxième, et les conditions d’action auront changé lorsque l’ensemble du monde s’y attaquera sérieusement. « Il est clair que l’humanité va devoir affronter le réchauffement climatique, précisément parce qu’il reste encore assez d’énergie fossile à bas prix, mais elle le fera avec un contexte technico-économique que nous ne connaissons pas encore ». Le premier grand défi est l’adaptation au changement radical de la nature du travail et de sa distribution dans le monde. « Nous ne voyons que la première phase, qui est liée à l’existence de plusieurs milliards d’humains qui sont éduqués, on envie d’apprendre et de sont prêts à travailler avec un effort soutenu».  Dès qu’on voyage dans le monde, on est frappé par ces pays qui ont investi massivement dans l’éducation il y a quelques décennies et qui commence à en tirer les bénéfices. Mais la deuxième phase se prépare, celle de l’automatisation massive du travail, sous toutes ses formes, telle qu’elle est décrite dans « The Race Against the Machines  ».  Même si nous ne sommes pas encore dans le monde de « Real Humans », il faut commencer à réfléchir à ce qui va se passer. La révolution NBIC est en route, elle va transformer notre vie au 21e siècle plus profondément que nous ne sommes capables de le prévoir.

Dans cette redistribution globale et massive des tâches et du travail, la solidarité est une valeur fondamentale. Sans cette solidarité, les décennies qui viennent vont mettre à mal le tissu social et mettre en tension nos sociétés occidentales. Mais comme l’explique Tim, « la solidarité n’est pas la confiscation de l’initiative, la boucle de l’entreprenariat et de l’initiative personnelle reste vitale ». C’est la grande leçon de « Why Nations Fail », et c’est une leçon systémique : les nations qui réussissent d’un point de vue économique s’appuie sur la protection des boucles positives initiative/récompense à l’échelle globale, pour chaque citoyen, ce que les auteurs appellent « inclusive economy ». Il faut cultiver « les petites fleurs » de la création de valeur, et surtout ne pas taxer l’espoir. Les « taxes symboles » qui stigmatisent la réussite ont un effet négatif sur tout ceux qui rêvent un jour de cette réussite, « et ils sont bien plus nombreux que les vrais millionnaires ».  « Il ne faut pas instituer la jalousie en vertu civique ». Si l’égalité en droit et en dignité de notre de devise nationale se transforme en revendication de confiscation, l’esprit d’initiative et d’entreprenariat sera inexorablement mis à mal. C’est la fraternité qui nous permettra de traverser la révolution profonde du travail que le 21e siècle nous réserve.

Tim s’est appuyé pendant sa présentation sur les six « killer apps de la prospérité » de Nial Ferguson. C’est ce qui permet de comprendre pourquoi les valeurs (« work ethic » : le goût de l’effort et du travail, éducation, valorisation du savoir) sont déterminantes pour la réussite des sociétés.  L’événement majeur de ce début de siècle est la fin du « great divide » :  le reste du monde a adopté les « killer apps » de la prospérité occidentale, au moment ou nous commençons à oublier les valeurs de nos ancêtres. Je vous livre sa conclusion que je partage :  lisez « Why Nations Fail » et regardez Nial Ferguson sur TED !

16 commentaires:

  1. Remarquable, et certainement inapplicable en France, d'ou la certitude de notre declin. Nous n'avons collectivement aucune excuse: les causes et les remedes sont connus, les Francais individuellement sont remarquables (on le voit bien a l'etranger) et collectivement totalement inaptes. Il serait bon d'appliquer la systemique a la comprehension de notre comportement collectivement suicidaire depuis 68...

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  2. Anonyme4:09 PM

    Joli poisson d'avril. J'avoue avoir cherché plus d'info sur ce conseiller général d'une région... ;-)

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  3. Anonyme6:02 PM

    De même,bien joué! Moi qui voulait m'inscrire à la prochaine Conférence sur l’Application de la Systémique aux Problèmes Insolubles... :-)

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  4. Ce billet avait commencé plus sérieusement comme un exercice "que pourrait dire un candidat qui serait prêt à dire ce que ses électeurs n'ont pas envie d'entendre ? ". L'idée d'en faire un poisson m'a permis de mélanger les genres - une peu de loufoque et un peu de personnel :) en me moquant gentiment de mon propre style ce qui fait que d'aucun dans mon entourage proche n'ont pas vu de différence ... ni que Tim Equysse est l'anagramme de Systémique.

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  5. Bonjour Yves,

    N'est-ce pas aussi une belle expérience de pensée sur un système plus que complexe (il nous faudra bien un jour un Cantor du complexe) ?

    A ce propos, on peut s'interroger sur les relations entre l'observateur et le système :
    1/ d'abord de quel système parlons-nous ? Ici la France qui est elle même plongée dans le système monde...

    2/ On propose une architecture de système avec l'intention induire un comportement : sortir de la crise et restituer un peu de bonheur aux français... Alors que le comportement des systèmes actuels, transformés par la digitalisation et la mondialisation, engendrent des inégalités inouies (par exemple : 1% des + riches américains possèdent 70% des actifs ou Google : peu d'entreprises réussissent mais à une échelle planétaire)... L'architecture d'un système complexe détermine-t-elle vraiment un comportement comme dans les systèmes non complexes ?

    3/ De quel système parle-t-on ? La France ? Le monde ? Veut-on optimiser l'architecture du système France pour qu'elle s'en tire mieux vis à vis de ses voisins en terme de richesse, cela accentuera peut être davantage les inégalités et ébranlera l'équilibre social français ? Et puis cette projection n'est-elle pas elle même une part du système de régulation qui promeut les conflits et les régulent. Quel sera l'impact sur le système monde ? et peut-être au détriment du surplus de bonheur des français ?

    4/ La systémique étudie le comportement des systèmes complexes et tente d'en décrypter une logique. S'il nous arrive de créé un système complexe, dans la mesure où nous ne sommes pour pas des dieux, nous serons une sorte mère à qui le système va échapper invariablement. Quelles prises avons-nous vraiment sur les systèmes complexes ? En mettant en oeuvre les meilleures pratiques d'architecture pour un système totalement adaptable, peut être créerons nous un monstre qui avalera tout.

    5/ Ceci me fait penser qu'un système complexe doit peut être avoir un mécanisme de mort programmé... Cela me fait penser à quelque chose... Et me donne à réfléchir sur ceux qui oeuvre à une immortalité des hommes depuis 30 ans

    Merci pour toutes ces occasions de réflexion

    Bien cordialement
    Jérôme

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    1. Merci jérome pour ces commentaires et très belles questions qui dépassent le cadre de cette réponse (pas assez de temps et de caractères) ! :)
      - c'est bien le système France plongé dans le système monde. Il faudrait ajouter le système intermédiaire Europe pour être sérieux, mais c'était un poisson d'Avril !
      - Un des points clés bien expliqué par T. Friedman dans "the world is flat" est que la mondialisation élargit les distributions - je partage comme vous cette analyse, et cela va continuer à nous poser des problèmes politiques.
      - Je ne crois pas au "bonheur par la systèmique", ce serait trop prétentieux en terme de capacité d'analyse. Je suis plutot un disciple de Taleb : c'est la sagesse / nos valeurs / une vision qui nous conduisent (ou non) dans la bonne direction (bonheur individuel + bonheur collectif /solidarité/ cohésion - la distinction étant d'ailleurs discutable ... un autre sujet !). La systémique contribue à la réflexion, à l'apprentissage - c'est un accélérateur d'expérience. On apprend surtout les systèmes complexes par l'expérience (essais/erreurs) mais un peu de réflexion systémique ne fait pas de mal - sinon, je ne me fatiguerait pas à essayer de théoriser/écrire/blogguer depuis 10 ans)
      - sur le sujet de l'immortalité et du transhumanisme ... j'y réfléchit depuis 18 mois ... et j'en parlerai tôt ou tard. Il y a un soupçon de ces réflexions dans le poisson d'Avril :)
      Les deux derniers points font partie de mes sujets de réflexion au sein de l'Académie Catholique de France, dont je suis membre. Je cite Taleb, mais je pourrai citer d'autres références plus religieuses.

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    2. Bonjour Yves, Jérôme,

      @Yves: mon post est en 2 temps puisque la taille du message étant limitée et que là vous abordez un multi sujet qui ne peut laissé indifférent
      Nous atteignons un excédent d'exploitation de nos ressources : de production, de consommation, de discours, de participation et de durée de vie mais pas de satisfaction à cause du doute qui persiste, cet inattendu qu’on attend, dont on a besoin car on a besoin de se faire surprendre, c’est le moteur de l’être,
      La performance qu’on a réalisé depuis le siècle des lumières, a pu avoir lieu, grâce et à cause de la guerre : l’homme a provoqué la guerre du malheur, il a eu besoin de se prouver qu’il est aussi capable de créer de la richesse et des moyens de confort,

      On arrive à un autre tournant pour se prouver qu’on est capable d'atteindre le bonheur, sauf qu’on est enchaîné dans un processus de production/consommation qui nous gave sur tous les niveaux même au niveau démocratie, et lorsqu’on est gavé non seulement on jette mais on perd le goût.

      Nous travaillons homme et femme de la même manière et dans le même cycle, on travaille à 2 pour les besoins d’un même foyer; besoins matériels d'abord qui évoluent en besoin d'autoréalisation ensuite, qu'on essaye, enfin, de tendre vers un équilibre de bien être et c'est mal parti pour aboutir : le bien être est émergence 'systémique' et ne peut se former en partant du constituant élémentaire qu'est la matière, besoin substantiel.

      Je suis d’accord avec Tim sur la distribution du travail et j’ajouterai la répartition de l’effort pour prétendre à une finalité..

      Si je considère le cycle professionnel nominal d’un cadre moyen dans des conditions normales d’emploi, il est performant en moyenne sur les 10 ans du début de 20 à 30 ans et ensuite de 40 à 50 ans. Entre 30 et 40 ans il est pris à construire son foyer, et après 50 ans il a les idées orientées autrement..

      Peut-on se proposer de : permettre à un des jeunes parents de s’occuper du foyer entre 30 et 40 ans, et au sénior de s’accomplir dans une autre activité après 50 ans :

      • le travail productif serait réalisé par des actifs motivés: permettre aux jeunes de s'exprimer sans ce poids des anciens qui tire vers l'immobilisme au nom de la prudence, hypocrite,

      • les enfants seraient suivis par un des parents sur la durée importante de leur croissance: être accessible, disponible au bon moment pour nos enfants,

      • et les séniors exploreraient d’autres voies ou capitaliseraient avec leurs prises de recul: c'est faut de croire qu'on arrête d'être créatif après 40 ans, archi faux, le cerveau reste actif s'il est stimulé et le coeur par la même occasion, que demander de plus.

      Cela doit être faisable à condition que nous le partagions comme mode de vie et non d’exclusion ou de privilège.

      N’est ce pas que nous retrouverions un peu de sens à notre activité vivante? Pourquoi s’acharner jusqu’à 65 ans à faire le même boulot dans le même contexte : fatigant à l'avance; métro-boulot-dodo. Qui de nous n’est pas passé par sa période de méditation, d’un besoin spirituel, sportif, frivole, écologique, artistique, créatif, philosophique...qu'il espérait expérimenter sérieusement ? Et combien ont pu le faire vraiment sans se marginaliser? Plutôt une prison est ce schéma conventionnel balisé qu'on s'est inventé et qu'on nomme réussite professionnelle, et qu'on a réussi à imposer comme modèle sur la terre entière.

      Que c’est déprimant que de se trouver reculer toutes bonnes occupations à l’âge de la retraite, je n’ai pas envie de faire la route de la soie à 70ans..à ce moment je préfèrerai m’occuper de mes rosiers et de raconter les histoires de mes aventures à mes petits enfants que j’aurai encore la force d’accompagner au jeu..

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    3. De la même manière, je me dis que la distribution du travail au plan mondial serait possible si :
      • on laisse à chaque pays la priorité d’exploiter la particularité de son territoire car si on regarde bien, chaque pays a ses caractéristiques propres -c’est ce que je pense être la logique des frontières- qui le rend capable de produire..
      • on échange ensuite entre pays sans chercher à dominer la face du monde..
      D’ailleurs l’externalisation vers les pays pauvres n’est elle pas une sorte de ce modèle ?

      Sur l'energie; oui posséder l'énergie rend indépendant et permet une certaine autonomie, et oui pour exploiter l'énergie fossile, mer et air, mais sans les déchets qui empoisonne la source, et il n'est pas impossible de l'éviter, il suffit de réfléchir avant de commencer à creuser la terre..est-on vraiment contraint de détruire l'air et l'eau en fonçant tête baissée à sortir le gaz de schiste aux US, de cette manière? Ils sont en pénurie ? Non, alors ne pouvaient-ils pas attendre d'étudier tout le contour du sujet avant de taper comme des sauvages? et en France, qu'attendons-nous de l'étudier le sujet, dans les règles, au lieur d'éluder la question, moyen d'autruche ou prudence raisonnée, ce qui revient au même quand on est passif.

      Sur l'immortalité: lorsqu’on saura s’occuper de ses parents vieillis et qu’on saura ne pas craquer à devenir le parent de son parent, on parlera de l’idée d’immortalité..Quelle idée que de s’acharner à allonger la durée de vie de l’individu nominal, et de se voir aujourd’hui discuter de l’euthanasie qui revient à tuer une personne, alors qu’on a tout fait pour l’immuniser contre tout microbe, on a tout fait pour prolonger son espérance de vie..
      N’y a-t-il pas de limites aux ‘essais/erreurs’ avant qu’on dénature tout ?

      Je partage encore l’avis de l’inspirateur de ‘Tim’ que la mondialisation facilite la distribution et que cette distribution doit logiquement, pouvoir enrichir, absorber le déficit, et ainsi permettre une solidarité :
      • intérieure, ainsi les retraites continuent d’exister à condition qu’on ne déploie pas notre zèle ridicule à prolonger une vie de vieux à ne plus finir,
      • extérieur, en permettant aux pays de développer leurs propres économies et ne venir en France que pour la coopération et le la beauté des paysages,
      • décomplexée, entre ceux qui veulent créer la richesse et ceux qui la rendent possibles en consommant : arrêter de blâmer les ambitieux pour leurs ambitions et les rêveurs pour leurs contemplations..
      Et ceci m’amène naturellement à partager avec Yves la nécessité de réévaluer le rôle de la connaissance fondamentale qui résulte sur des valeurs.
      La crise qui perdure s’est manifestée au niveau de la finance qui n’est que la machinerie de l’argent donc le matériel qui reflète la déperdition des sens dans l’équilibre humain.
      La valeur concerne et profite à tous les individus, les sages parlent souvent parce qu’ils sont hors système, et c’est pour cette raison qu’il convient de les écouter, et pas forcément de les suivre.

      A ce stade, je me méfierai de citer la religion, chacun doit vivre sa religion intimement librement, sans essayer de la proclamer comme repère de sagesse c’est d’ailleurs hors propos puisque notre système nous l’avons détraqué au nom de notre puissance matérialiste et nous nous devons de le corriger par nos propres moyens au risque de refaire les erreurs, mais pas question de faire intervenir un bouclier aussi rassurant/protecteur soit-il, on se déchargerait de notre responsabilité dans ce cas :)

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    4. Long commentaire très riche et intéressant. Je vais répondre sur 3 points (même remarque que pour Jérôme, ce n'est pas le format idéal pour une telle discussion):
      (1) Je suis tout à fait d'accord que la combinaison "allongement de la durée de vie" + "crise de la croissance" + "besoin de réinventer le modèle de l'entreprise" doit nous conduire à remettre en cause le concept de carrière dans l'entreprise (en particulier la "monotonie" (au sens mathématique) du salaire. Ce n'est pas un sujet politique, c'est un sujet de société civile (le gouvernement fait souvent plus de tort qu'autre chose), mais il y a un aspect de régulation, qui conduit à proner une plus grande flexibilité. La remarque sur les différents temps de vie/ niveaux d'énergie /disponibilité est très juste. L'apprentissage continu est une exigence incontournable au 21e siècle
      (2) la "vision de Tim" sur la mondialisation n'est pas qu'elle favorise la solidarité, mais qu'elle accroit mécaniquement les différences et qu'elle met à mal la cohésion de la société. Elle exige donc un accroissement de la solidarité. En revanche, le problème Français est de ne pas faire rimer solidarité avec confiscation (égalitarisme), ni avec découragement de l'initiative.
      (3) Ma position sur le fait de citer la religion en trois idées:
      - Ma propre théologie place la laicité comme socle de mon système de valeur: Dieu nous a créé libre de le rejeter, donc les croyants seraient mal placés de faire différemment :)
      - Dieu révèle son amour et son plan pour l'homme à tout homme de bonne volonté, depuis le début du monde. C'est pour cela qu'il y a un fond de sagesse commune à la plupart des religions. C'est à cela que je faisais allusion dans mon billet, en suivant Taleb sur ce terrain. Sans proclamer sa religion comme un "repère de sagesse", on peut constater cette sagesse :)
      - Je ne parle pas de mon engagement catholique dans ce blog, mais il me semblait logique de l'évoquer dans la réponse à Jérôme.C'est à la fois une exigence intellectuelle (comprendre d'ou je viens) mais surtout logique lorqu'on croit en un Dieu incarné qui fait irruption dans notre monde - dépassant le cadre de l'intime.

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    5. Voici un bel exemple de reflexion: http://www.youtube.com/watch?v=-cwdVDcm-Z0

      Enjoy..

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  6. Splendide Yves : enfin une proposition politique alignée sur la complexité du contexte du 21ème siècle. je ne suis pas en ligne avec tout mais au moins cela ouvre des perspectives rafraîchissantes. Merci pour cela qui va alimenter de nombreuses réflexions ...

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    1. Merci, c'était le but, en plus que celui de faire sourire (surtout avec les hyperliens). Ce n'est pas non plus 100% mon programme politique ! Il y a un parti pris d'impopularité qui n'en fait pas la proposition la plus efficace possible.

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  7. Très intéressante citation que m'a indiquée Bernard Pech - Eric Schmidt (Google Chairman and former CEO) on Disruptive Technologies.
    "
    Man vs. machine
    The race that’s not being followed in the media is the race between humans and automation. And this race is run every day, and it’s a very tough race. So when I go to the local convenience store, they’ve replaced a low-wage worker with a machine to do my checkout. And that machine costs a great deal of money. And I’m sure it was a good business decision for them.
    So what happened to that low-wage worker? Well, their low wages probably did not go up. They might have even gone down. Maybe they’re on part of government assistance. So what’s the solution for that low-wage worker? Better education. So in the race against automation, which is the race we’re winning, and which politicians never articulate, the answer is better education.
    Now there are some other answers as well. For example, immigration of high-skilled workers; rather, we don’t have to educate everybody in America. We can also get a few educated people from other countries, and they’ll help us out, because they’ll hire all these other people here in America. And again, people are slowly beginning to understand that, in any particular country, you want an unfair share of highly educated people—in all industries, by the way—because in the race, they’re the winners.
    "

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  8. Pour ce qui est de l'éducation, je suis un fan de Sir Ken Robinson ... son récent talk sur TED Education est une merveille: http://www.ted.com/talks/ken_robinson_how_to_escape_education_s_death_valley.html

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  9. Anonyme4:26 PM

    Suite à un séminaire sur la politique de rémunération ‘en temps de crise’, je reviens vers votre espace pour ne pas perdre le fil :)

    La politique de rémunération suit une logique croissante en fonction de l'ancienneté, avec le temps le salaire augmente +/- progressivement, en situation nominale bien supposée.

    La rémunération reconnaît le travail fourni, elle doit croitre avec l'efficacité ET la qualité de ce travail en toute logique.

    Cette efficacité ne peut croître en continu jusqu'au temps de la retraite, elle passe par une tangente pour se fixer et ce, bien souvent avant la retraite, cela devrait aussi être la limite d'augmentation du salaire.

    À partir de ce moment, généralement on est en fin de paiement de prêts divers, on commence un confort et on travaille avec ses acquis.

    Les jeunes commencent leurs carrières et l'apprentissage, ne pouvons nous pas envisager à partir de cette tangente, une rémunération dégressive des seniors pendant la progressive des jeunes? Cela ne pourrait-il pas maintenir l'emploi des seniors qui pourraient percevoir des primes s'ils portent toujours une efficacité nouvelle.

    Cela n'est-il pas une sorte d'équité ou solidarité face à la réalité économique?

    Équité pour les séniors d'aujourd'hui qui ont payé pour les retraités du moment

    Solidarité entre les jeunes pour qu'ils démarrent et ainsi payer la retraite de ces séniors. Cela n’empêche pas l’entreprise faisant une belle marge de faire profiter tous les salariés, mais on n’est plus là.

    Mon avis n’a pas plu à l’assistance partagée entre scandalisé et scandalisant, mais ça a fait du bruit qui a réanimé la séance, je positive encore…

    La logique de croissance sur tous les plans est elle inévitable? Peut-on imaginer une évolution à plusieurs courbes au lieu de cette exponentielle.

    Je sens un vrai malaise chez les séniors qui semble presque tabou d’en parler puisqu’il concerne une catégorie qui ne doit pas se plaindre, alors qu’elle s’inquiète.

    Un sénior à partir de 53 ans (pour ne pas fâcher bcp à la fois) s’inquiète, pas uniquement sur la sécurité de son emploi mais sur sa capacité à soutenir la motivation, sa motivation qui va de pair avec la performance baisse à ce cap : routine pour les fonctionnaires, fatigue physique pour les manuels, désillusion pour les intellectuels…il est plein de ressources, mais l’entreprise s’en prive, car souvent on ne sait plus comment le stimuler, alors qu’il suffit de le réorienter.

    En évoquant cela je me demande si la société ne s’est pas réduite à l’entreprise, cela faisant, si elle n’a pas délégué sa dynamique à l’organisation du travail, ce qui fait charger l’entreprise de l’individu alors qu’elle est sensée ne concerner que le salarié.

    Et ce cheminement remet en force la nécessité de distinguer le fondamental du temporel..quand le 2ème porte son caractère de changeant changeable le 1er demeure le porteur des valeurs invariables: les instances ne peuvent pas écraser les attributs de la classe encore moins de la classe abstraite..

    Comment pourrions-nous parler de ces choses sans passer pour l'*****euse?

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  10. @Yves Caseau : merci pour le lien vers Ken Robinson.
    Dans votre livre Processus et Entreprise 2.0 vous faites plusieurs fois référence au livre de Peter Senge : The 5h Discipline, cette 5ème discipline est celle de la pensée systémique.Discipline qu'un cadre dirigeant doit/devrait pratiquer. Avez-vous connaissance d'action et ou d'approches innovantes destinées à l'acquisition de cette discipline, à cette pratique par les cadres dirigeants, et nos leaders politiques?

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